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 Le Devoir parle des Éditions du Québécois

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Patrick Bourgeois
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Date d'inscription: 17/10/2005

MessageSujet: Le Devoir parle des Éditions du Québécois   Sam 18 Mar - 17:12

Le Devoir
LIVRES, samedi 18 mars 2006, p. F5
Essais québécois
Les médias et la question nationale

Cornellier, Louis

Patrick Bourgeois, fondateur du journal indépendantiste Le Québécois, est un ardent militant souverainiste. Dans les six derniers mois, en plus de rédiger plusieurs textes pour son journal et pour son site Internet, il a publié deux essais-chocs. We Are Québécois when ça nous arrange se voulait une charge à fond de train contre certains Québécois bilingues et biculturels (Justin Trudeau, Ben Mulroney, Yann Martel, Jean Charest, Paul Martin, Alain Dubuc) qui collaborent avec «l'ennemi» en s'adonnant à la propagande fédéraliste.

Plus substantiel, Nos ennemis, les médias proposait une petite enquête maison sur le biais fédéraliste des grands quotidiens québécois. À partir d'une analyse, intéressante mais pas tout à fait rigoureuse, des textes publiés dans quelques-uns de ces journaux pendant la campagne référendaire de 1995, Bourgeois concluait à la «désinformation canadienne». Le caractère fédéraliste des journaux du groupe Gesca, écrivait-il, ne fait pas de doute, les quotidiens du groupe Quebecor ne sont obsédés que par la rentabilité et Le Devoir, qui offre une couverture équilibrée de la question nationale, ne serait plus vraiment indépendantiste. Aussi, compte tenu «de l'impact politique qu'ont les médias [...] sur le combat pour la liberté que nous menons, nous les indépendantistes», écrit Bourgeois, il faut donc conclure à un déficit démocratique.

Le Manifeste lucide pour la fin de l'hégémonie fédéraliste sur l'information, que publient maintenant les Éditions du Québécois, reprend pour l'essentiel cette thèse. Rédigé par Bourgeois et son collègue Pierre-Luc Bégin, et cosigné, entre autres, par des militants indépendantistes bien connus - Victor-Lévy Beaulieu, Pierre Falardeau, Andrée Ferretti, Claude Jasmin, Jean-Marc Léger, Yves Michaud et Yves Rocheleau, pour n'en nommer que quelques-uns -, ce manifeste s'en prend à la concentration de la presse, essentiellement entre des mains fédéralistes, et en appelle à trois solutions: la mise sur pied, par le mouvement indépendantiste, d'une Commission sur la concentration de la presse, la création d'un Observatoire des médias et la transformation de Télé-Québec «en véritable entreprise d'information qui informerait honnêtement les Québécois».

Dans un avant-propos qui ne fait pas dans la dentelle, Bourgeois réitère que «l'organisation du Québécois est plus fermement que jamais engagée dans un processus d'opposition musclée avec les médias du Québec», que «tous nos médias ne sont qu'autant d'organes de propagande» et qu'il est temps d'en finir avec cette «censure».

Peut-on vraiment donner raison à Bourgeois et à ses camarades de combat quand ils affirment que «le mouvement indépendantiste est bafoué dans ses droits par les principales entreprises de presse du Québec»? Au sujet du problème de la concentration de la presse au Québec, difficile de les contredire. La mainmise du groupe fédéraliste Gesca sur sept des dix quotidiens francophones du Québec engendre en effet un sérieux problème démocratique. C'est d'ailleurs ce groupe qui constitue la cible principale de Bourgeois et compagnie. Cela, pour autant, ne justifie pas toutes les outrances accusatrices du militant.

Opinion et information

On souhaiterait, par exemple, que ses analyses distinguent ce qui relève de l'information de ce qui relève de l'opinion. Que la ligne éditoriale du groupe Gesca soit fédéraliste, cela est bien connu. Peut-on pour autant en tirer la conclusion que l'information offerte par les quotidiens de ce groupe relève de la propagande? Dans le cas de La Presse, en tout cas, et pour parler de ce que l'on connaît, l'accusation semble un peu grosse et par trop générale. Au passage, d'ailleurs, et pour revenir dans le domaine de l'opinion, Bourgeois oublie de mentionner que Pierre Foglia et Réjean Tremblay ont souvent pris position en faveur de la souveraineté. Cela, bien sûr, ne suffit pas à rétablir l'équilibre éditorial, mais il faut au moins le souligner.

En ce qui concerne Le Journal de Montréal, on peut, évidemment, déplorer son approche principalement commerciale, mais on ne peut faire abstraction du fait qu'il donne aussi à lire, ce que Bourgeois reconnaît, les chroniques de Franco Nuovo et de Lise Payette, deux souverainistes affichés, et celles de Joseph Facal, dont le militant ne parle pas. Sheila Copps, Yves Séguin (plutôt modéré, tout de même) et Nathalie Elgrably y figurent aussi, bien sûr, mais la présence des premiers nous empêche de conclure au caractère propagandiste fédéraliste de ce quotidien.

Les souverainistes les plus pressés aimeraient bien que Le Devoir privilégie une ligne éditoriale plus radicale, mais ils doivent reconnaître que ce quotidien indépendant, sur la question nationale, n'a pas démérité. En 1995, il a clairement pris position en faveur du OUI et, lors de toutes les élections subséquentes, il a appuyé le Parti québécois ou le Bloc québécois. Deux de ses chroniqueurs-vedettes, Michel Venne et Christian Rioux, sont ouvertement souverainistes et cette chronique, à l'occasion, ne se prive pas non plus de s'exprimer en ce sens.

Le cas de Radio-Canada est, quant à lui, moins évident. Les affaires Lester (aujourd'hui à TQS) et Parenteau ne plaident pas en sa faveur, mais il faudrait être prudent avant d'accuser cette institution, dans sa version québécoise, de tous les torts. Présente-t-elle des points de vue équilibrés sur la question nationale? Une analyse rigoureuse pourrait nous le dire, mais on ne peut nier le fait que, à la radio surtout, elle donne souvent la parole à des souverainistes (de même qu'à des fédéralistes, bien entendu).

Bourgeois, d'ailleurs, n'aide pas sa cause quand il formule des exagérations comme celle qui veut que Pierre Falardeau ait «toutes les difficultés du monde à percer le filtre médiatique». Récemment, on a vu ce dernier, deux fois plutôt qu'une, sur le plateau de Tout le monde en parle, aux Franc-tireurs à Télé-Québec et, à quelques reprises, aux débats du Grand Journal à TQS. On l'a entendu, à la radio de Radio-Canada, en virile discussion avec Pierre Foglia. Il y a quelques années, la Chaîne culturelle de Radio-Canada a même mis en ondes une de ses dramatiques dans laquelle il s'en prenait avec hargne aux fonctionnaires de Téléfilm Canada.

Bourgeois, donc, beurre épais, et cela ne sert pas toujours bien sa thèse. Même le critique de L'Action nationale (février 2006) soulignait que ces exagérations nuisent à un propos qui, par ailleurs, soulève souvent de réels problèmes démocratiques, particulièrement, répétons-le, celui de la concentration de la presse, qui constitue l'enjeu principal de ce débat.

louiscornellier@parroinfo.net

Nos ennemis, les médias

Petit guide pour comprendre la désinformation canadienne

Patrick Bourgeois

Manifeste lucide pour la fin de l'hégémonie fédéraliste sur l'information

Patrick Bourgeois et Pierre-Luc Bégin

Les Éditions du Québécois

Québec, respectivement 2005 et 2006,

216 et 104 pages

_________________
"La révolution est à bâtir, ou bien elle se dissipe".
-Jacques Berque

"Il y a ceux qui se contentent de souhaiter l'indépendance et ceux qui ne sauraient concevoir la vie nationale sans elle".
-Gabriel Hudon

"On ne peut pas dire la vérité à la télévision: il y a trop de gens qui regardent"
- Coluche

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Michel
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MessageSujet: Re: Le Devoir parle des Éditions du Québécois   Dim 19 Mar - 9:23

À l'avenir il faudra que tu sois RIGOUREUX comme la gang à GESCA Very Happy
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Patrick Bourgeois
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MessageSujet: Re: Le Devoir parle des Éditions du Québécois   Lun 20 Mar - 13:56

Les médias et la question nationale 2 :


En guise de réplique à Louis Cornellier


Louis Cornellier est très certainement ce qui se fait de mieux présentement en terme de critique littéraire au Québec. Toujours bien documentée, très certainement fort érudite, la plume littéraire du Devoir est en plus souverainiste. Tout donc pour nous plaire !


L'automne dernier, Cornellier avait qualifié Patrick Bourgeois, sur la base de ce qu'il avait écrit dans son essai intitulé We are Québécois when ça nous arrange (Les Intouchables), de « mauvais Lionel Groulx ». Il insinuait par là que ses commentaires sur ce qui constitue l'essence de l'identité québécoise, c'est-à-dire qu'on ne peut être Québécois sans vivre en français, faisaient du directeur du Québécois ni plus ni moins qu'un fasciste. Samedi dernier, Cornellier s'est de nouveau penché sur le travail du Québécois. Il a cette fois critiqué Nos ennemis, les médias et notre Manifeste lucide pour la fin de l'hégémonie fédéraliste sur l'information. Son verdict : même si sur le fond, on pose des questions fort pertinentes, en particulier sur le déficit démocratique que façonne la concentration de la presse au Québec, il n'en demeure pas moins qu'on « beurre épais ». À l'instar du critique Cornellier qui lui-même « beurrait épais » en qualifiant Patrick Bourgeois de fasciste, peut-on dire que nous avons, au Québécois, la violence pamphlétaire facile ?


Très certainement ! Et nous n'avons d'autres choix que d'agir de la sorte, puisque pour attirer l'attention des médias - et sans l'attention de ceux-ci, il est fort difficile d'alimenter un débat digne de ce nom dans un système politique tel que le Québec, tous en conviendront - nous devons nous démarquer violemment de ce qui constitue la norme dialectique en ce pays en devenir. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé de nous faire entendre en faisant preuve de modération dans nos propos. Au fil des ans, en effet, nous avons par exemple tenté d'attirer l'attention des médias sur le fait qu'il était carrément scandaleux que l'arrivée des libéraux au pouvoir ait signifié pour nous le blocage d'une subvention fort importante provenant du Fonds jeunesse Québec. Le conseil d'administration dudit fonds nous a même fait parvenir une lettre dans laquelle la présidente de l'époque expliquait qu'on ne recevrait pas la subvention promise, et ce, parce qu'on était souverainistes (écrit noir sur blanc dans ladite lettre), ce qui constituait une violation flagrante des critères d'admissibilité du programme. Nous avons aussi tenté d'alerter l'opinion publique sur le fait que les libéraux nous empêchaient de bénéficier du Programme de soutien à l'action bénévole, une fonctionnaire du Secrétariat au Tourisme, au Loisir et au Sport qui disait prendre ses ordres directement du Conseil du Trésor nous ayant même menacé, nous et toutes les autres publications souverainistes, de représailles si nous comptions pousser le bouchon plus loin. Aucun journaliste ne s'est intéressé non plus au fait que les libéraux aient placé - des aveux mêmes du responsable du placement publicitaire de l'Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECQ) - Le Québécois sur une liste noire, ce qui fait que nous ne recevons plus de publicité du gouvernement via cette association, perdant ainsi quelques autres milliers de dollars par année. Personne ne s'intéresse davantage au Québécois quand nous tentons de faire de l'analyse politique en adoptant un ton universitaire (et Le Québécois est dirigé par des chercheurs universitaires). Tout ça pour dire que la seule façon pour nous de percer le filtre médiatique au Québec est d'occuper un créneau qui fait peur à plus d'un : celui des « purs et durs » pamphlétaires, là où nous pouvons y aller de diatribes spectaculaires qui intéressent quelquefois les journalistes, eux qui, au détriment de l'information, recherchent trop souvent le sensationnel, et ce, en politique comme dans les faits divers. C'est ainsi que Le Québécois est devenu, ce qui est malgré tout conforme à notre personnalité politique, soyez-en convaincus, plus « pur et dur » que le pire des cauchemars que doit maintenant faire Michaëlle Jean à notre sujet ou le spectre de Claude Ryan à l'égard de notre chroniqueur Falardeau! En marchant toujours sur la corde raide tout en s'évertuant à faire passer des messages fondamentaux à travers nos coups de gueule, il nous arrive bien sûr de ne pas faire dans la nuance, mais cela fait partie de la joute que nous menons pour être entendus dans un combat politique qui est lui aussi sans nuance : entre ceux qui veulent la liberté politique du Québec et ceux qui la combattent, il ne peut y avoir que des complices. Et nous, nous assumons notre position, bien évidemment.


Louis Cornellier nous reproche également dans sa dernière chronique de confondre opinion et information dans l'analyse que nous effectuons de la personnalité fédéraliste des médias du Québec. En cela, Cornellier reprend les arguments qu'il a développé dans son dernier essai intitulé Lire le Québec au quotidien. Au-delà d'un découpage de l'information qui aurait mérité d'être repensé, le problème fondamental de ce dernier essai se situe justement au niveau des relations qu'il est impératif d'établir entre l'opinion et l'information, ce que cornellier se refuse obstinément à faire. Pourtant, tous les spécialistes des médias savent que l'orientation idéologique d'un groupe de presse n'affecte pas seulement les éditoriaux, mais qu'elle influence aussi l'information. Cela peut se faire de diverses façons, comme les sujets à traiter qui sont confiés aux journalistes et ceux qui ne le sont pas, les titres des articles qui sont de la responsabilité du pupitre et non du journaliste, des manchettes retenues, des exergues, des photos bas de vignette, de l'organisation de l'information dans le journal, etc. Au lieu de railler bien inutilement Noam Chomsky dans son essai, Louis Cornellier aurait dû réfléchir aux idées formulées par celui-ci, ce qui lui aurait permis d'approfondir un tant soit peu l'impact qu'a la direction d'un média sur le traitement de l'information. En s'y refusant, Cornellier nous enseigne une bien drôle de méthode pour lire un journal, ce qui était, malheureusement, son objectif premier en rédigeant Lire le Québec au quotidien.


Certains nous ont aussi reproché d'avoir retenu une méthode plus ou moins rigoureuse pour analyser les médias du Québec sur la base de leur parti pris fédéraliste. Pour eux, et Cornellier en est, il n'y a rien de convaincant à avoir colligé des milliers d'articles publiés en octobre 1995 dans 5 des principaux quotidiens du Québec et à les avoir analysés à partir des méthodes reconnues par les chercheurs en sciences humaines. Le problème est que si notre méthode manque de rigueur, nous au moins, nous en avons une, alors que nos détracteurs, eux, n'ont jamais cru bon s'appuyer sur la science pour nous répondre. Si Cornellier se permet de nous reprocher de ne pas en avoir fait assez méthodologiquement avant de présenter nos résultats, important est de dire qu'en contrepartie, lui ne s'appuie sur rien avant de dire bien gratuitement que Franco Nuovo est « mondain et qu'il s'aime beaucoup » (p.93), que Nathalie Petrowski « jalouse » le talent de Pierre Foglia (p.110), que Pierre Bourgault ne fut jamais un « grand penseur » que Marie Plourde est experte dans les « formules épaisses » (p.95), ou qu'il faille faire la distinction entre information et opinion. Aucune méthode, aucune preuve pour ce faire, que du vent ! Ces chroniqueurs sont ainsi parce que Cornellier a décidé qu'il devait en être ainsi. Tout comme l'information n'est pas fédéraliste au Québec parce que Cornellier, Pratte, Dubuc et compagnie ont décidé que telle était la réalité. Pas très convaincant comme discours, à peu près tous l'admettront.


Malgré tous les défauts que peut renfermer notre méthode d'analyse, malgré notre ton vitriolique et nos emportements, malgré notre colère et nos oublis, il n'en demeure pas moins que Le Québécois a, dans le présent contexte, réalisé le travail le plus sérieux en ce qui a trait au parti pris fédéraliste des médias. Au lieu de refuser obstinément de reconnaître ce fait, ceux qui ne sont pas d'accord avec nous devraient se mettre sérieusement à la tâche pour circonscrire des preuves allant dans le sens contraire. Tant qu'ils éviteront de s'investir vraiment dans ce débat, nous n'aurons d'autres choix que de considérer qu'avec un grain de sel tout ce qu'ils pourront lancer comme arguments. Après tout, pour être considéré sérieusement, il faut sérieusement s'atteler à la tâche. C'est le b-a ba de tout débat intellectuel !


Patrick Bourgeois
Dir. Journal Le Québécois


Pierre-Luc Bégin
Dir. Éditions du Québécois

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