Un communiqué du Québécois suivra dans l'après-midi
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Le Nouvelliste (Trois-Rivières)
Actualités, mercredi 26 octobre 2005, p. 3
La griffe à Beaudoin
Bozo remet ses culottes
Beaudoin, Jean-Marc
Bozo a remis ses culottes.
Il fallait bien s'y attendre. Même s'il est malade, affaibli, âgé et
peu fortuné, Raymond Lévesque n'a jamais fait de concession à sa
conscience sociale et à ses convictions politiques parce que cela
pouvait améliorer son sort. Alors, quelques petits honneurs de plus ou
de moins, quelques dollars qui ne changeront rien à sa vie réduite, ça
ne pèse pas lourd à la fin d'une vie marquée par un engagement total
indivisible.
On connaît bien Raymond Lévesque et son refus de recevoir le prix du
Gouverneur général pour les arts de la scène et la bourse de 15 000 $
qui y est rattachée n'avait pas de quoi surprendre. "J'ai peur, a-t-il
dit, avec toute l'irrévérence dont il est gentiment capable, que
Michaëlle Jean me fasse une grimace." Ajoutez à cela quelques
réaffirmations indépendantistes et un rappel de la Loi sur les mesures
de guerre qui a inspiré sa chanson "Bozo les culottes" et on comprend
qu'une flopée d'indépendantistes se soient précipités pour le
statufier dans l'heure.
Pensez donc! Refuser un prix fédéral et se moquer de "la" Michaëlle
Jean, celle-là même qui a tant courroucé, en acceptant sa nomination
comme gouverneure générale et chef des armées canadiennes, le
mouvement souverainiste québécois. C'était du miel.
Des indépendantistes n'hésitaient pas à signer hier un texte
euphorique dans Le Québécois. "Les motifs que M. Lévesque invoque, le
sacrifice qu'il consent, trouvent en nous un écho. Nous reconnaissons
le militant, le chantre de notre résistance. Son évocation de la Loi
des mesures de guerre nous rappelle comment la parole fut séquestrée à
certains moments de notre lutte. L'incarcération de Gaston Miron, de
Gérald Godin, de Pauline Julien, l'interprète de "Bozo les Culottes",
n'a jamais fait l'objet d'excuses de la part du gouvernement d'Ottawa.
Et c'est tout à l'honneur de M. Lévesque de nous le rappeler...
Considérez que les militants de l'indépendance sont vos fils et vos
filles. Vive l'indépendance."
Wow! De la récupération en réalité et en lisant ces lignes, je me suis
demandé s'ils ne soufraient pas d'un peu d'amnésie. Je me suis demandé
s'ils étaient au nombre des mêmes indépendantistes qui avaient accusé
Raymond Lévesque de faire partie d'une "poignée de vieux
nostalgiques... qui regrettent le bon vieux temps où ça brassait avec
le FLQ, le mouvement de contestation étudiante et le RIN. Je me
demandais si on jugeait toujours ses propos "excessifs, hargneux et
dépassés".
Oui, on avait dit tout cela de Raymond Lévesque parce qu'il avait osé
qualifier René Lévesque de "grand parleur et de petit faiseur, de
peureux, de branleux dans le manche, voire de "traître" en raison de
son échec référendaire et qu'il s'était dit convaincu que Lucien
Bouchard n'était pas un vrai indépendantiste, simplement un politicien.
Pourtant, cela ne remonte pas à tant d'années. À peine quatre ou cinq
ans. Et c'est intéressant de se rappeler dans quel contexte il avait
tenu ces propos incendiaires. C'était en 2000 et Raymond Lévesque se
confiait sur RDI à une journaliste vedette de Radio-Canada qui
s'appelait... vous avez tous compris, Michaëlle Jean.
Au lendemain de cette émission, on trouvait beaucoup plus de qualités
à Michaëlle Jean qu'à ce "soixantard" figé dans l'idéologie de ses
bombes et de ses kidnappeurs. C'est vrai que Raymond Lévesque a gardé
de la souveraineté une conception qui est celle des années 1960, du
RIN. À tort ou à raison. Car si l'on ne s'en fie qu'au vocabulaire des
candidats à la direction du PQ, un peu de patience pour Bozo et on en
reviendra à ses idées. On y parle sans ambiguïté d'indépendance, à peu
près plus de souveraineté et surtout pas de souveraineté-
association... le concept hybride racoleur et timoré du chef mythique
René Lévesque.
Ce n'est pas Raymond Lévesque qui fera progresser "l'option". Mais ce
n'est pas lui qui la fera reculer. Cela, les souverainistes s'en
chargent. Le congrès à la direction du PQ est déjà en train de
préparer un prochain schisme au sein du parti. Une partie de ses vieux
militants, déjà presque en préretraite politique, va quitter le bateau
dès l'élection d'André Boisclair, qui ne parviendra pas à les
remplacer par des jeunes, moins nombreux au Québec et qui ont la tête
à l'internationale. La gauche souverainiste, qui veut s'unir au sein
d'un nouveau parti, va couper une aile à l'oiseau.
Quand on est de la race des pionniers, on est fait pour être oublié,
Bozo-les-culottes.
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"La révolution est à bâtir, ou bien elle se dissipe".
-Jacques Berque
"Il y a ceux qui se contentent de souhaiter l'indépendance et ceux qui ne sauraient concevoir la vie nationale sans elle".
-Gabriel Hudon
"On ne peut pas dire la vérité à la télévision: il y a trop de gens qui regardent"
- Coluche
